Blog Philippe Ortolan

Le plan IndusLoc

Mon constat : l'industrie a foutu le camp dans les pays à bas coût

La désindustrialisation de la France : un fléau des temps modernes lié à la mondialisation et à la financiarisation de l'économie :

Trop d'emplois dans le secteur industriel ont été perdus depuis 30 ans , 2 millions plus ou moins ? Peu importe , ça reste beaucoup trop...

Nos produits manufacturés en majorité ne sont pas suffisamment "premium" pour résister longtemps à la production asiatique, le milieu de gamme s'est fait progressivement rattrapé depuis le début des années 2000. Les produits allemands ont mieux résisté, on sait pourquoi !

L'Asie devient l'atelier du monde et l'innovation devait rester en Occident ! Quelle erreur de stratégie à long terme ? Fléau pour l'industrie européenne, la progression technologique des Chinois est fantastique, ils méritent leur succès à notre dépend bien entendu ! Faut dire que les multinationales européennes n'y sont pas étrangères avec leur transfert technologique. Et cela ne va pas s'arrêter en si bon chemin, ils continueront de progresser naturellement et plus vite car dopés par les technologies occidentales et leur formidable masse de fric amassé grâce à la mondialisation...

Les gains de productivité ont aussi fait des ravages, il n'y a pas que l'Asie qui nous pique nos emplois. Résultat de plus en plus de produits sont "standardisés" pour maitriser mieux leur coût de fabrication, c'est la loi de la production en masse qui casse la personnalisation jugée trop onéreuse. De plus les gains de productivité n'ont pas été compensés suffisamment en zone euro, ils ont servi surtout la profitabilité au détriment des investissements et de l'innovation, résultat des pertes d'emplois à la clé...

La financiarisation de l'économie ralentit fortement les investissements à long terme : la profitabilité à court terme a pris le dessus sur les investissements et l'innovation, la mondialisation est devenue une affaire purement financière avec un poids croissant des multinationales qui en plus se concentrent pour augmenter leur rentabilité en réduisant les coûts de production.

Le "consommer toujours plus" de la société de consommation quand le pouvoir d'achat baisse mène vers le low cost : Résultat, la naissance du fléau "low cost", un cercle vicieux qui nous appauvrit à cause de notre besoin de toujours consommer malgré un pouvoir d'achat en berne,  nous finnissons par acheter plus de lowcost et les entreprises sont obligées de délocaliser pour produire moins cher.

Où est passée notre avance technologique  ? Qu'en est-il de notre innovation ? Où est passée notre stratégie industrielle (nationale ou européenne) face aux grandes puissances comme la Chine et les USA ?

Les années 80 témoignaient avec le TGV ( comme exemple) d'une fierté nationale, elle a pas mal reculée depuis... Manque de motivation, d'ardeur ? Où capitulation devant la mondialisation et la poussée de l'Asie ?

Nous sommes rentrés dans le rang par manque de stratégie industrielle de grande ampleur contrairement à la période faste des années Mitterrand. Airbus avait vu le jour durant cette période bénéfique ! Où sont les autres grands ? Où est l'Europe qui gagne ?  Il y avait à l'époque une volonté politique , une volonté même européenne comme dans le cas d'Airbus, aujourd'hui son influence a largement diminué au profit des multinationales qui gèrent dorénavant l'innovation...

L'endettement de la plupart des pays de la zone euro ne permet pas à ceux-ci d'investir massivement pour innover à long terme sans avoir à subir l'emprise de la profitabilité à court terme...

 

Plan IndusLoc (Réindustrialisation et Innovation)

Ce plan va organiser la réindustrialisation de notre pays et pourquoi pas l'étendre à d'autres pays de la zone euro car son financement est surtout européen...

L’Etat et les instances européennes reprennent leur rôle d’interventionniste semi-public afin de prendre la main sur les principales activités industrielles et leur évolution, le tout avec une concertation public-privé, il s’agit de remettre en place une logique entrepreneuriale par rapport à la logique financière qui a pris le dessus…

Maitriser toutes les technologies de pointe, il faudra certainement réinvestir pour redévelopper la maitrise des technologies stratégiques et d’avenir (technologie numérique, de transformation des matières premières, écologie...)

1 - Développer la production locale : produire et personnaliser le plus près possible du lieu d'achat

Plus le volume est important, plus les lieux de production devront se multiplier, cela permettra également la relocalisation dans tous les pays qui le peuvent en fonction de leur main d'oeuvre disponible et potentiellement qualifiée.

Evidement, tout ne peut pas être localisé près de chez soi, mais ce concept permettra de faire renaitre un tissu industriel suffisamment souple pour faire face aux évolutions technologiques. Des pôles industriels régionaux de taille raisonnable et sans spécialisation à outrance : il faut préserver une main d'œuvre bien formée et sachant s'adapter pour faire face aux évolutions technologiques.

Inutile et dangereux de vouloir surdévelopper les capacités de production  au risque de saturation des moyens de  production mais des entités de petites et moyennes tailles regroupés par pôles d'activités où l'innovation se développera grâce à la recherche et aux compétences..

Diversifier et personnaliser les produits, halte à la standardisation à outrance : il s'agit de faire la différence et d'éviter que les produits ne soient réduit qu'à un modèle facilement délocalisable et donc profitable à l'Asie.

Tous les pays de la zone euro doivent pourvoir personnaliser leurs produits même si la base peut rester commune pour des questions de coût de revient.  Un exemple avec les voitures qui pourraient être personnalisées selon un catalogue d'options propres à chaque région... Cela permettrait à des petits garages de se réimplanter !

Pouvoir à terme concurrencer les multinationales non européennes dans n'importe quel domaine , il y auraa ainsi moins d'importations et de dépendances technologiques.

2 - La zone euro s'implique : financer, lancer et gérer des plans stratégiques avec comme objectif la maitrise de toutes les technologies et filières existantes

La zone Euro ne peut pas se réindustrialiser n'importe comment, il faut éviter la saturation des moyens de production par une stratégie globale qui permettrait de maitriser toutes les technologies et d'en créer de nouvelles génératrices d'emplois locaux.

Un financement européen s'impose : es pays sont trop endettés aujourd'hui pour redresser la barre chacun dans son coin et les investissements des multinationales dépendent de la méteo financière (donc du rapport profit/immédiateté), seule la BEI peut débloquer une masse colossale de fric sans avoir besoin d'effet de levier avec l'aide de la BCE...

 

3 - Financer les efforts d'éducation, de formation et de recherche  grâce à l'aide de la banque européenne d'investissement (BEI)

L'éducation et la formation professionnelle deviennent une priorité régionale , nationale et européenne, il faudra investir massivement dans tout de type de formation, de l'apprentissage au doctorat. L'éducation et la formation professionnelle doivent pouvoir suivre pour alimenter les bassins industriels en main d'oeuvre adaptée aux besoins

Idem pour la recherche, sans investissement massif et géré, nous ne pourrons créer les emplois de demain...

 

4 - L'avenir est aux alliances, aux consortiums d'entreprises de taille moyenne pour faconner un nouveau capitalisme tourné vers l'entreprenariat 

Le mythe de l'entreprise multinationale toute puissante va s'éteindre tôt ou tard car elle développe trop d'inégalité en concentrant trop de ressources et de pouvoir.  Le pouvoir de faconner le monde doit revenir aux responsables politiques (si possible élus démocratiquement) non pas aux entreprises qui ne voudraient rester que dans le cadre de la mondialisation.

Quelques observations :

Une mise en oeuvre difficile :

Une galère pour se mettre d'accord entre tous les pays de la zone euro mais c'est indispensable... Trois mois, six mois de négociations ? Puis il faudra négocier qui va bénéficier des implantations industrielles ! Pas simple... Des nuits blanches en perspective !

Les impacts  sociaux et économiques :

  • Attention à la surproduction dans certains secteurs : il ne s'agit pas de se retrouver en surcapacité en concentrant trop de moyens sur un seul domaine industriel.
  • La main d'œuvre locale devra être suffisamment qualifiée ou formée pour le développement des pôles industriels régionaux.
  • Les Etats de la zone euro devront coopérer politiquement pour répartir les investissements et les technologies à maitriser, cela ne va pas être simple !
  • Des tensions sociales peuvent apparaitre suite à la répartition des investissements, la jalousie peut se développer entre régions ou pays.

Des atouts non négligeables !

  • Assurer l’indépendance des  pays de la zone euro au niveau technologique : importer des produits ne permet pas de maitriser leur fabrication.
  • Ce plan est compatible avec la réindustrialisation ou la diversification industrielle des pays européens, tout le monde peut faire la même chose sans casser les exportations…
  • La création de nouvelles entités de production créera de nouveaux emplois.
  • La personnalisation prendra le dessus par rapport à la standardisation, chaque région pourra apporter sa touche personnelle.
  • Renforcer la cohésion de la zone euro et donc la confiance en l'avenir.

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